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Entretien avec la Dre Tanja Junge


Alessio Aliotta - 12/12/2025 - 0 comments

ENTRETIEN AVEC LA DRE TANJA JUNGE

Soutenir le muscle cardiaque de manière globale

Le cœur est bien plus qu’une pompe. Il réagit à notre quotidien, au stress, à l’alimentation, au mouvement et à notre posture intérieure. La Dre Tanja Junge, médecin-cheffe en cardiologie et diagnostic chez Buchinger Wilhelmi à Überlingen, associe la cardiologie classique à la médecine interne, à la médecine nutritionnelle et à la naturopathie. Dans cet entretien, elle explique pourquoi la santé cardiovasculaire moderne se joue bien avant l’apparition des premières maladies, pourquoi la prévention occupe aujourd’hui une place centrale et comment un diagnostic approfondi peut rendre visibles des risques jusque-là invisibles. Elle montre également le rôle que le jeûne thérapeutique peut jouer pour le cœur. Il peut atténuer les processus inflammatoires, améliorer le profil cardiométabolique et aider à passer, de façon perceptible, d’un état de surcharge chronique à un état de régénération. À partir de son expérience avec les hôtes, la Dre Junge décrit comment un diagnostic personnalisé, des programmes de jeûne structurés, l’activité physique et des changements de mode de vie conscients agissent de concert, et pourquoi le sentiment d’auto-efficacité est peut-être le facteur de protection le plus important pour le cœur.

Bonjour Dre Junge. Pourriez-vous nous parler de votre parcours en médecine et de ce qui vous a attirée vers la cardiologie et la médecine préventive ?

J’ai toujours été quelqu’un de curieux et la médecine humaine réunissait tout ce qui m’intéressait. Elle permet de combiner la science, la résolution de problèmes très concrets, le contact avec les personnes et une forme de travail d’enquête. On observe les symptômes, les résultats d’examens et l’histoire médicale, puis on reconstitue ce qui se passe réellement dans l’organisme. Ce mélange de logique, d’intuition et de rencontre humaine m’a fascinée dès le début.

Ma formation a commencé en médecine interne, qui m’a apporté une base très large. Avec le temps, je me suis spécialisée et je suis devenue cardiologue, en exerçant pendant de nombreuses années dans la cardiologie hospitalière classique.

J’y ai pratiquement tout fait, des soins intensifs et de la surveillance cardiaque aux interventions par cathéter, aux stents et aux stimulateurs cardiaques. En parallèle, j’ai suivi des formations complémentaires en médecine nutritionnelle, en naturopathie et en médecine orthomoléculaire, puis j’ai orienté mon activité vers l’imagerie cardiaque moderne. Ainsi, il y a toujours eu pour moi deux voies : d’un côté, la cardiologie conventionnelle hautement spécialisée, et de l’autre, la prévention, c’est-à-dire la question de savoir comment maintenir les personnes en bonne santé bien avant qu’elles n’aient besoin d’interventions invasives.

Médecine interne, cardiologie, médecine nutritionnelle et naturopathie, c’est une combinaison peu commune. Comment ces intérêts se sont-ils rejoints ?

Pour moi, ces domaines n’ont jamais été séparés. En cardiologie, nous savons depuis longtemps que l’hypertension, le cholestérol, le diabète, le tabagisme, le surpoids et le stress sont les principaux moteurs des maladies cardiovasculaires. Pourtant, la pratique clinique se concentre souvent davantage sur la réparation que sur la prévention. Je me suis toujours demandé ce que nous pouvions faire plus tôt et quels outils existent en dehors des médicaments et des interventions. Cette curiosité m’a menée très naturellement vers la médecine chinoise, la médecine nutritionnelle, la médecine orthomoléculaire et des approches qui renforcent le système nerveux et le fonctionnement global de l’organisme. Parallèlement, je me suis formée à la cardiologie diagnostique de pointe, notamment à l’imagerie par scanner et à des échographies détaillées, capables de détecter des plaques précoces et de rendre visibles des risques qui passent souvent inaperçus dans le suivi de routine.

En reliant ces perspectives, j’ai pu développer de véritables programmes de prévention individualisés. Dans deux centres de prévention à Munich que j’ai dirigés en tant que directrice médicale, nous utilisions une batterie d’examens complets pour construire des programmes personnalisés portant sur l’alimentation, l’activité physique et la santé à long terme. Ces expériences m’ont montré qu’une approche intégrative et préventive, qui réunit le meilleur de chaque discipline, est essentielle pour obtenir des résultats durables. Une vie qui n’est pas en accord avec ses propres valeurs peut devenir une lourde charge et même favoriser l’apparition de maladies. Là encore, on voit clairement que la psychologie et la médecine sont indissociables. La prévention n’en est que plus importante.

Qu’est-ce qui vous a motivée à rejoindre Buchinger Wilhelmi, et qu’est-ce qui, selon vous, rend notre approche thérapeutique unique ?

Buchinger Wilhelmi est l’un des rares lieux où la médecine conventionnelle et la médecine intégrative peuvent réellement se combiner au quotidien. Nous disposons d’une équipe médicale remarquable, avec des spécialistes dans de nombreux domaines, et, en même temps, d’un socle solide en jeûne thérapeutique, en médecine corps esprit et en changement conscient du mode de vie. Pour une cardiologue spécialisée en prévention, c’est un cadre idéal. Nos hôtes arrivent avec une volonté de changer. Ils sont curieux, motivés et savent le plus souvent que les médicaments, à eux seuls, ne suffisent pas. Cela crée des conditions complètement différentes de celles d’une consultation hospitalière surchargée.

Ici, nous pouvons réaliser des diagnostics de haute qualité, montrer aux personnes leur niveau de risque réel et le traduire directement en un plan individuel. Ces programmes peuvent associer le jeûne, des conseils nutritionnels, une activité physique ciblée, un soutien naturopathique ou orthomoléculaire, et les hôtes en ressentent souvent les effets dès leur séjour. Cette combinaison d’un diagnostic d’excellence, d’un jeûne structuré, d’un accompagnement global du mode de vie et d’une population d’hôtes très motivée est exceptionnelle.

Quelles évolutions cardiovasculaires ou métaboliques observez-vous le plus souvent chez vos hôtes pendant un programme de jeûne structuré ?

Beaucoup d’hôtes arrivent avec un syndrome cardiométabolique, associant une adiposité centrale, une tension artérielle élevée, des lipides sanguins perturbés et des modifications précoces de la régulation du glucose. Dès le séjour, en particulier lors d’un jeûne d’au moins dix à quatorze jours, nous observons généralement des améliorations nettes. La tension artérielle baisse souvent, les marqueurs inflammatoires diminuent, la graisse viscérale se réduit et les paramètres liés à l’insulinorésistance s’améliorent. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils ressentent ce que cela fait lorsque l’organisme sort d’une charge métabolique permanente et retrouve un état de régénération. Cette expérience est très puissante et facilite les changements durables après le séjour.

Existe-t-il des idées reçues fréquentes sur le jeûne et la santé cardiovasculaire ?

La plupart des hôtes qui viennent chez nous sont convaincus que le jeûne peut les aider. L’idée reçue la plus fréquente, surtout du point de vue de la cardiologie classique, est à quel point les personnes sous-estiment leur propre potentiel biologique. Beaucoup font davantage confiance aux médicaments et aux interventions qu’à la capacité de leur corps à évoluer grâce au mode de vie. Le jeûne corrige souvent cette perception. Ce n’est pas un régime, mais une remise à zéro structurée de l’ensemble de l’organisme. Les personnes découvrent qu’elles sont bien plus fortes et adaptables qu’elles ne le pensaient. Pour la santé du cœur, c’est essentiel, car cela change la perspective : le risque n’est pas quelque chose d’immuable, mais quelque chose que nous pouvons influencer activement.

Comment évaluez-vous les risques cardiovasculaires d’un hôte à son arrivée, et comment en découle un plan sur mesure ?

Nous commençons par une anamnèse et un examen clinique approfondis, puis nous utilisons différents outils diagnostiques afin d’établir une évaluation précise du risque. En plus des mesures classiques comme le cholestérol et le glucose, nous analysons aussi des marqueurs tels que la lipoprotéine, l’apolipoprotéine B, le LDL oxydé et des enzymes pouvant indiquer une inflammation des plaques. Ces paramètres permettent de distinguer si des personnes présentant des « valeurs standard » similaires portent néanmoins des niveaux de risque différents. L’imagerie est tout aussi déterminante.

Si nécessaire, nous réalisons un test d’effort tout en mesurant les échanges gazeux pulmonaires à l’aide d’un masque, afin de comprendre comment le cœur et les poumons fonctionnent ensemble à l’effort. Nous utilisons également un ECG de longue durée avec analyse de la variabilité de la fréquence cardiaque pour évaluer la régulation autonome et exclure des troubles du rythme pertinents. Pour le diagnostic de la pression artérielle, nous recourons à une mesure ambulatoire sans brassard, permettant un suivi continu sans compression gênante. Sur cette base, nous établissons un profil de risque précis et individualisé, puis élaborons un programme combinant jeûne, activité physique, mesures de mode de vie et, si nécessaire, traitement médicamenteux.

La prévention évolue très rapidement, avec un intérêt croissant pour la santé métabolique, l’inflammation et la longévité. Quelles évolutions vous enthousiasment le plus et comment Buchinger Wilhelmi peut-il y contribuer ?

Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est l’attention croissante portée à l’inflammation, au stress oxydatif et à la santé mitochondriale. Cette perspective permet une compréhension bien plus fine des risques cardiovasculaires que la seule observation de la tension artérielle ou du cholestérol. Le jeûne joue ici un rôle important, car il peut réduire l’inflammation chronique et améliorer la flexibilité métabolique. Parallèlement, les méthodes modernes permettent une évaluation précise de la stabilité des plaques et de la santé vasculaire.

Je me réjouis aussi de l’intérêt grandissant pour une approche structurée combinant alimentation, activité physique, supplémentation ciblée et régulation du stress. Ces stratégies intégratives peuvent compléter utilement la cardiologie classique en améliorant le milieu interne des vaisseaux et du muscle cardiaque, et elles gagnent de plus en plus de reconnaissance dans la prévention moderne. Buchinger Wilhelmi offre pour cela un environnement unique. Avec des hôtes motivés, des programmes de jeûne scientifiquement fondés et une équipe pluridisciplinaire, nous pouvons développer des concepts de prévention précis, applicables au quotidien, et les mettre directement en pratique.

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre travail au quotidien ?

Le plus important pour moi est de voir les personnes devenir plus vivantes et plus confiantes. Beaucoup arrivent fatiguées, inquiètes ou sceptiques. Lorsqu’elles repartent, on voit souvent une lumière dans leurs yeux. Elles ont fait l’expérience que leur corps peut réagir, s’adapter et s’améliorer. J’apprécie aussi beaucoup l’environnement international. Des hôtes issus de cultures et de systèmes de santé très différents apportent des perspectives variées. Chaque rencontre apprend quelque chose de nouveau. Et, sur le plan professionnel, il est inspirant de travailler avec une équipe aussi qualifiée et ouverte, où chacun apporte son expertise.

Nous apprenons les uns des autres et, ensemble, nous réalisons des choses qu’aucun de nous ne pourrait accomplir seul. Le lieu y contribue également. La nature, le lac et les montagnes soutiennent autant les hôtes que les collaborateurs. Il est plus facile de parler d’équilibre et de régénération lorsqu’on travaille dans un environnement qui incarne ces valeurs.

Qu’aimeriez-vous que les hôtes retiennent de leur temps passé avec vous ?

Avant tout, un sentiment d’auto-efficacité. Les maladies cardiovasculaires apparaissent rarement de manière soudaine. Elles se développent sur de nombreuses années et sont fortement façonnées par notre quotidien. Cela signifie que nous pouvons agir sur beaucoup de choses. Lorsque les hôtes comprennent ce que leurs facteurs de risque individuels provoquent dans l’organisme, les recommandations deviennent logiques et faciles à suivre. Mon souhait est que les personnes rentrent chez elles en se disant : « Je comprends mon cœur, je sais sur quels leviers agir, et j’ai confiance dans le fait que mes choix ont un impact. »

Si vous deviez donner un seul conseil pratique pour une santé cardiovasculaire durable, quel serait-il ?

Si je devais choisir un seul mot, ce serait l’équilibre. Le système cardiovasculaire s’épanouit dans l’équilibre, pas dans les extrêmes : une alimentation équilibrée, une activité physique régulière mais non excessive, des temps de récupération aux côtés de l’activité, et une manière réaliste de gérer le stress. Le jeûne peut aider à restaurer cet équilibre lorsqu’il est pratiqué de façon structurée et bien encadrée. Il agit comme une remise à zéro métabolique contrôlée et aide le système cardiovasculaire à retrouver un état plus stable et plus sain.