À LA DÉCOUVERTE DES FIBRES ALIMENTAIRES PENDANT LE JEÛNE
Faut-il consommer davantage de fibres alimentaires pendant un jeûne prolongé ?
Le jeûne modifie profondément la manière dont l’organisme utilise l’énergie. À mesure qu’il se tourne vers les graisses stockées et les corps cétoniques comme sources d’énergie, les microbes intestinaux perdent l’essentiel de leur nourriture, en particulier les fibres fermentescibles.
Cela soulève une question importante : pourrions-nous préserver les effets métaboliques du jeûne tout en continuant à apporter des fibres sélectionnées au microbiote intestinal ? Cette approche pourrait-elle constituer une manière plus naturelle de jeûner ? Notre prochaine étude CoFFIe explore cette possibilité.
Le jeûne remodèle le microbiote intestinal
Notre équipe scientifique a montré que le jeûne diminue les bactéries qui métabolisent les glucides alimentaires, notamment les fibres, et augmente les microbes qui se nourrissent de sécrétions produites par l’organisme, comme le mucus (LINK). Ces modifications microbiennes contribuent à réorienter le métabolisme énergétique et pourraient être associées à des améliorations de la pression artérielle et du poids.
Il ne s’agit pas seulement de bactéries. Dans une étude clinique publiée dans la revue npj Biofilms and Microbiomes (LINK), nous avons examiné le virome intestinal de 89 personnes pendant dix jours de jeûne. Le virome est composé principalement de bactériophages : des virus qui infectent les bactéries et peuvent influencer la compétition microbienne et l’organisation de l’écosystème.
Le jeûne a temporairement réduit la diversité virale et réorganisé les connexions entre les virus et les bactéries. Il est important de noter que bon nombre des hôtes bactériens associés à ces virus appartenaient à des genres tels que Faecalibacterium, Roseburia, Eubacterium et Clostridium. Ces bactéries jouent un rôle important dans la fermentation des fibres alimentaires et produisent ainsi des composés aux bienfaits reconnus pour la santé, tels que les acides gras à chaîne courte, dont le butyrate.
Ce lien est biologiquement plausible. La fermentation des fibres est considérablement réduite pendant le jeûne, car presque aucune fibre alimentaire n’atteint le côlon.
Les modifications virales pourraient donc refléter — et peut-être contribuer à — la réorganisation des communautés bactériennes qui fermentent les fibres. C’est une raison supplémentaire qui nous a conduits à examiner ces fibres alimentaires de plus près.
Pourquoi les fibres sont si importantes
Les fibres ne servent pas uniquement à faciliter le transit intestinal. Beaucoup atteignent le côlon, où elles sont fermentées par des micro-organismes. Ce processus produit des métabolites tels que l’acétate, le propionate et le butyrate, qui contribuent à la nutrition des cellules du côlon et au maintien de la fonction de barrière intestinale.
Plusieurs études majeures illustrent leur importance.
- Une vaste analyse (LINK) publiée dans The Lancet, combinant 185 études prospectives et 58 essais cliniques, a révélé qu’une consommation plus élevée de fibres était associée à une réduction de 15 à 30 % du risque de plusieurs événements majeurs, dont la mortalité cardiovasculaire, la maladie coronarienne, l’accident vasculaire cérébral, le diabète de type 2 et le cancer colorectal. Les bénéfices étaient perceptibles à partir d’apports d’environ 25 à 29 grammes par jour et pourraient augmenter davantage à des apports plus élevés.
- Dans une étude clinique (LINK) publiée dans Science, un régime riche en fibres variées a favorisé de manière sélective un groupe de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte chez des personnes atteintes de diabète de type 2. Les participants chez qui ces bactéries ont le plus augmenté ont également présenté les améliorations les plus marquées de leur état de santé.
- Une méta-analyse (LINK) publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition a regroupé 64 essais portant sur 2 099 participants. Les interventions à base de fibres ont augmenté Bifidobacterium, Lactobacillus et le butyrate fécal. Il s’agit là d’une nuance importante : différentes fibres nourrissent différents micro-organismes, et leurs effets ne peuvent être réduits à un score unique du microbiote.
Les fibres pendant le jeûne : une approche plus naturelle qu’on ne le pense ?
Les périodes de pénurie alimentaire dans la nature ne signifiaient pas toujours une absence totale de nourriture. Les êtres humains et d’autres animaux se tournaient souvent vers des « aliments de repli » (fallback foods) : des ressources moins prisées mais plus fiables, comprenant fréquemment des plantes coriaces et riches en fibres.
Cela est particulièrement bien documenté chez les grands singes africains (LINK). Les gorilles des plaines de l’Ouest sont fortement attirés par les fruits mûrs, qui peuvent représenter jusqu’à 70 % de leur temps d’alimentation lorsqu’ils sont abondants. Lorsque les fruits se raréfient, ils augmentent fortement leur consommation de feuilles, d’herbes, d’écorce et de fruits plus fibreux. Les feuilles peuvent alors représenter jusqu’à 70 % du temps d’alimentation chez les mâles et 50 % chez les femelles. Les chimpanzés ont également recours aux moelles végétales fibreuses et aux feuilles lorsque les fruits préférés sont moins disponibles.
De même, les chasseurs-cueilleurs humains se sont appuyés sur des tubercules, des baies, des graines et d’autres végétaux sauvages pendant les périodes où les aliments préférés n’étaient pas disponibles. Leur alimentation pouvait rester riche en fibres malgré des variations saisonnières considérables.
Cela nous a amenés à envisager une nouvelle hypothèse. Peut-être la disparition totale des fibres pendant le jeûne n’est-elle pas le seul modèle biologiquement pertinent. Un programme de jeûne pauvre en énergie contenant une quantité raisonnable de fibres sélectionnées pourrait maintenir la transition métabolique tout en fournissant un substrat limité à l’écosystème intestinal.
L’étude CoFFIe : explorer l’apport de fibres pendant le jeûne
L’étude CoFFIe — Combining Fasting and Fibre Interventions to Optimise Their Gut Microbiome-mediated Health Benefits — testera directement cette hypothèse.
Soixante-quinze participants suivront un programme de jeûne Buchinger d’une durée de 10 ± 4 jours. Cinquante recevront d’amidon résistant de type IV dérivé du maïs, tandis que 25 recevront une préparation témoin à base d’amidon de maïs. L’amidon résistant échappe en grande partie à la digestion dans l’intestin grêle et atteint le côlon, où il peut être utilisé par des micro-organismes sélectionnés.
Nous examinerons si la supplémentation en fibres soutient les bactéries productrices de butyrate et influence la fonction microbienne, la production de butyrate, le contrôle de la glycémie, la sensibilité à l’insuline et la cétose. Des analyses métagénomiques et métabolomiques nous permettront d’étudier non seulement quels micro-organismes sont présents, mais aussi ce qu’ils font.
Nous accordons également une attention particulière aux effets du jeûne au-delà de l’intestin. De minuscules particules libérées par les cellules agissent comme des messagers biologiques en transportant des signaux moléculaires et des protéines essentiels entre les organes. Véritables biomarqueurs innovants de la médecine moderne, elles nous permettent de mieux comprendre comment le jeûne régule la communication cellulaire dans l’ensemble de l’organisme.
Pour cette analyse hautement spécialisée, nous avons le plaisir d’accueillir une doctorante invitée de l’Université de Milan, qui réalisera ces recherches.
Nous sommes fiers de collaborer pour cette étude avec deux institutions de recherche de premier plan : le Leiden University Medical Center (LUMC), la Netherlands Organisation for Applied Scientific Research (TNO) et de l’université de Milan.
En pratique : les fibres ne se limitent pas aux légumes fibreux
Manger plus de fibres ne signifie pas se limiter aux légumes à texture fibreuse. Les fruits peuvent apporter des quantités importantes de fibres, en particulier lorsqu’ils sont consommés entiers plutôt qu’en jus. Les légumineuses, le pain et les pâtes complets, l’avoine, l’orge, les céréales complètes, les noix et les graines sont également des sources importantes.
Voici quelques substitutions simples pour augmenter votre consommation de fibres :

Nos conseils nutritionnels mettent donc l’accent sur les céréales complètes et les légumineuses en tant que sources de glucides riches en fibres, susceptibles de favoriser le contrôle de la glycémie. Une alimentation variée est préférable au recours à un unique « super-aliment » ou à un complément isolé, car différentes plantes fournissent différentes structures de fibres à différentes communautés microbiennes.
Après le jeûne, ces aliments doivent être réintroduits progressivement en fonction de la tolérance individuelle. L’objectif n’est pas simplement de consommer la plus grande quantité possible de fibres. Il s’agit de rétablir un apport diversifié et durable de substrats pour un écosystème intestinal résilient.
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