RECHERCHE SUR LES VIRUS DU MICROBIOME
La santé intestinale au-delà des bactéries : un champ de recherche émergent en science du microbiome
Dans une nouvelle étude scientifique, nous explorons l’écosystème caché de l’intestin et expliquons pourquoi les virus pourraient jouer un rôle bien plus important qu’on ne le pensait dans les effets du jeûne sur la santé. En s’appuyant sur de nouvelles recherches menées par Buchinger Wilhelmi, l’article montre également comment le jeûne et les choix en matière de mode de vie peuvent permettre de réinitialiser et rééquilibrer l’écosystème intestinal, et présente des mesures pratiques, fondées sur des données probantes, pour soutenir la santé intestinale à l’aube de cette nouvelle année.
L’écosystème invisible en vous, et le rôle émergent des virus intestinaux dans la recherche en santé
La santé intestinale s’est imposée au premier plan, et ce à juste titre. Au cours de la dernière décennie, la recherche a montré à de nombreuses reprises que la structure et le fonctionnement de l’intestin influencent bien plus que la seule digestion. De la régulation immunitaire à l’humeur, en passant par les fonctions cérébrales et le contrôle de la glycémie, l’intestin joue un rôle central dans la santé humaine et le risque de développer des maladies.
Une grande partie de ces travaux s’est concentrée sur le microbiome intestinal, vaste communauté de micro-organismes résidant principalement dans le gros intestin. Ces microbes ne se contentent pas de coexister avec nous : ils interagissent activement avec nos fonctions biologiques. Par la fermentation des fibres alimentaires, les bactéries intestinales produisent un large éventail de composés (notamment des acides gras à chaîne courte et des vitamines) qui passent dans la circulation sanguine et influencent l’inflammation, le métabolisme et même les fonctions cérébrales.
Cependant, toutes les bactéries ne sont pas bénéfiques. Certaines espèces bactériennes peuvent produire des composés favorisant l’inflammation ou perturber la barrière intestinale lorsqu’elles deviennent trop dominantes. Ainsi, la santé intestinale ne consiste pas à éliminer les microbes, mais à favoriser un écosystème microbien équilibré et résilient, permettant aux espèces bénéfiques de prospérer tout en maintenant les espèces potentiellement délétères sous contrôle.
Au-delà des bactéries : le monde méconnu des virus intestinaux
Si les bactéries ont jusqu’à présent largement dominé la recherche sur le microbiome, elles ne sont pas les seules habitantes de l’intestin. L’écosystème intestinal comprend également des champignons, des archées et des virus. Au sein de cet ensemble, les virus sont restés l’un des éléments les moins explorés, malgré leur abondance extraordinaire. Pour la plupart des personnes, le mot « virus » évoque des maladies infectieuses telles que la grippe ou la COVID-19. Pourtant, la grande majorité des virus auxquels nous sommes exposés sont soit inoffensifs, soit neutres, voire bénéfiques. L’être humain est exposé aux virus dès la naissance et, sans eux, la vie complexe telle que nous la connaissons n’existerait pas.
Dans l’intestin, la majorité des virus sont des bactériophages, c’est-à-dire des virus qui infectent les bactéries plutôt que les cellules humaines. Ces phages peuvent influencer quelles espèces bactériennes se développent, la manière dont elles se comportent et la façon dont elles interagissent entre elles. Cette composante virale du microbiome est désignée collectivement sous le nom de virome intestinal. Comprendre son fonctionnement et la manière dont il réagit aux interventions alimentaires et aux choix de mode de vie pourrait aider à expliquer pourquoi certains microbiomes sont plus résilients et plus adaptables que d’autres.
Le jeûne et le virome intestinal : nouveaux enseignements issus de la recherche émergente
Jusqu’à récemment, les données relatives à l’influence du jeûne sur le virome intestinal étaient très limitées. Une nouvelle étude menée au sein de Buchinger Wilhelmi a commencé à explorer cette question en analysant les changements viraux avant, pendant et après un jeûne Buchinger.
Lors du tournage d’un documentaire de la télévision française, la mannequin Adriana Karembeu a séjourné à la clinique d’Überlingen pour une cure de jeûne. Notre équipe scientifique a utilisé des méthodes de pointe pour analyser son microbiome intestinal, des techniques qui restent encore rarement accessibles en dehors de groupes de recherche spécialisés. À l’initiative de notre directeur scientifique, le Dr Robin Mesnage, l’analyse a également porté sur la composante virale. Bien qu’il ne s’agisse que d’un cas isolé, les changements observés ont été frappants et ont suggéré que le jeûne pourrait avoir un impact significatif sur les virus intestinaux, un signal qui nous a incités à approfondir cette question de manière plus systématique.

Dr Franziska Grundler
Grâce à des techniques de séquençage de haute précision, notre équipe scientifique a uni ses efforts à ceux de chercheurs de premier plan de l’EMBL, le principal laboratoire européen en sciences de la vie, afin d’examiner le comportement des virus avant le jeûne, à l’issue d’un jeûne de 10 jours, puis 1 et 3 mois plus tard. Cette analyse a été dirigée par Natalie Falshaw. Les résultats ont montré que le jeûne réorganise temporairement les virus intestinaux. La diversité virale intestinale a diminué sur une courte période, tandis que certaines relations clés entre les virus et les bactéries bénéfiques se sont renforcées. Loin de présenter des profils habituellement associés à l’inflammation intestinale ou à des maladies, ces changements semblaient au contraire favoriser un système microbien plus coordonné et équilibré.
En termes simples, le jeûne semblait agir comme un mécanisme naturel de réorganisation de l’écosystème intestinal. Certains de ces changements sont restés observables pendant plusieurs mois après le jeûne et ont été associés à des améliorations de marqueurs liés au contrôle de la glycémie et à la résilience physique globale.
Ces résultats sont actuellement disponibles sous forme de prépublication, ce qui signifie qu’ils n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation formelle par un comité de lecture. Nous continuerons à suivre ces recherches de près et à vous tenir informés. Pris dans leur ensemble, ces travaux renforcent l’idée que l’intestin fonctionne comme un système vivant interconnecté. Soutenir la santé intestinale ne consiste donc pas à cibler un organisme unique ni à prendre un seul complément, mais à créer les conditions propices permettant à l’ensemble du système de se rééquilibrer et de fonctionner de manière optimale.
Soutenir votre écosystème intestinal pour la nouvelle année
Si la science des virus intestinaux continue d’évoluer, il existe déjà des données solides en faveur d’habitudes de vie qui soutiennent la diversité et la résilience du microbiome intestinal dans son ensemble :
🍛 Nourrir vos microbes grâce à la diversité alimentaire
Consommer une grande variété d’aliments d’origine végétale apporte différents types de fibres qui nourrissent les bactéries bénéfiques. Un objectif pratique consiste à inclure environ 30 fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque, graines et céréales complètes différents au cours de la semaine. La diversité est plus importante que la perfection.
🌾 Donner la priorité aux fibres
Les fibres solubles issues des fruits, des légumes, de l’avoine et des légumineuses sont fermentées par les bactéries intestinales en acides gras à chaîne courte, qui soutiennent le système immunitaire et le contrôle de la glycémie. Les fibres insolubles issues des céréales complètes et des fruits à coque favorisent la régularité du transit intestinal et la sensation de satiété. Augmentez progressivement votre apport en fibres si vous y êtes sensible.
⚖️ Soutenir l’équilibre émotionnel
L’intestin et le cerveau communiquent en permanence. Le stress chronique peut modifier la composition du microbiote intestinal, tandis que des pratiques telles que la méditation, des environnements de repas calmes et des routines de pleine conscience ont montré qu’elles favorisent l’équilibre microbien et la régulation immunitaire.
🏃🏽♀️ Bouger régulièrement
L’activité physique stimule la digestion, soutient la motilité intestinale et favorise un environnement interne anti-inflammatoire. Même une activité douce et régulière, comme la marche ou le vélo, peut avoir un effet positif sur la santé intestinale.
🛌 Protéger vos rythmes de sommeil
Il a été démontré que le manque de sommeil réduit la diversité microbienne. Des routines de sommeil régulières contribuent à soutenir à la fois la barrière intestinale et la stabilité du microbiome.
🌱 Être attentif aux expositions environnementales
Les pesticides, le tabagisme et l’utilisation chronique de certains médicaments, notamment les inhibiteurs de la pompe à protons, peuvent perturber le microbiome intestinal. Privilégier les aliments biologiques lorsque cela est possible, réduire l’exposition aux substances chimiques et utiliser les médicaments de manière réfléchie peuvent aider à préserver l’équilibre microbien.
🍵 Envisager le jeûne comme une réinitialisation, et non comme un raccourci
Le jeûne intermittent et le jeûne prolongé structuré peuvent soutenir le renouvellement du microbiome en réalignant les habitudes alimentaires sur les rythmes naturels. Le jeûne ne relève pas de la privation, mais de la création d’un environnement physiologique permettant à plusieurs systèmes, dont l’écosystème intestinal, de se recalibrer.
En perspective
Le microbiome intestinal est un écosystème dynamique et réactif, façonné par l’alimentation, le mode de vie et l’environnement. À mesure que la recherche sur le virome intestinal progresse, elle pourrait contribuer à expliquer pourquoi certaines interventions, dont le jeûne, exercent des effets aussi larges et durables sur la santé.
En prenant soin de cet écosystème invisible par nos choix quotidiens, nous soutenons non seulement la digestion, mais aussi les bases du bien-être métabolique, immunitaire et psychologique à long terme.
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