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Changement générationnel à Marbella


christian - 04/07/2018 - 0 comments

Depuis 35 ans à la tête de la Clinique marbellienne, Jutta et Claus Rohrer ont décidé de se retirer et cèdent les rênes à deux membres de la 4e génération de la Famille Buchinger Wilhelmi, Katharina Rohrer-Zaiser et Victor Wilhelmi. Et aux deux générations de se rencontrer, fin octobre, en privé, pour parler du passé et de l’avenir…

Victor : Depuis combien de temps travaillez-vous, tous les deux, dans l’entreprise ?

Jutta et Claus Rohrer : 35 ans. Nous sommes arrivés ici, en 1982, au printemps, et avons aussitôt commencé à travailler à Marbella.

Victor : Combien de collaborateurs, à l’époque?

Claus : Une soixantaine, contre 190 aujourd’hui. Trois fois plus. Contrairement au nombre des patients qui lui n’a fait « que » doubler.

Victor : Ta première expérience du jeûne, c’est ici que tu l’as faite ?

Claus : Non, avant de connaitre Juta, bien curieuse histoire, au demeurant : en 1973, une vieille amie était tombée par hasard sur ce livre de Lützner, « Comment revivre par le jeûne », un bestseller à l’époque. Elle a tenté l’expérience, et moi, question de ne pas rester en rade, j’ai suivi et donc déjà jeûné pour la première fois, en 1973 ! Mais mon premier vrai jeûne, c’est à Überlingen que je l’ai fait.
Jutta : Après le premier enfant (Katharina), j’ai jeûné à Überlingen, à 29 ans donc.

Katharina : Comment avez-vous pris la décision de venir ici ?

Jutta : En un éclair ou presque. Mes parents, Helmut et Maria, nous ont appelés pour nous demander si nous étions intéressés de venir à Marbella. Nous y avons réfléchi ensemble, en dressant une liste des arguments pour et contre. Et en moins d’une semaine notre décision était prise, ferme et définitive. À l’époque, on marchait davantage à l’intuition ; voilà comment la Clinique a vu le jour, ici !
Claus : Pouvoir débarquer ici, apporter notre contribution, accéder au management, sans compter la qualité de vie ici, quelle idée excitante !

Victor : Et le travail avec Mamie Maria, c’était comment ? Dynamisme pur, non ? Comment fonctionniez-vous ?

Jutta : C’est elle qui donnait le la.
Claus : Helmut Wilhelmi organisait. C’était l’homme des grandes décisions et des investissements clés. Toutefois, lui et ma belle-mère m’ont rapidement fait confiance et donné carte blanche. Sans parler de nos petits déjeuners quotidiens qui nous ont permis d’échanger tant d’idées. J’ai tellement appris avec eux, sur le jeûne, le suivi des collaborateurs, et j’en passe.

Katharina : En remontant le temps, quels ont été les principaux changements survenus à la Clinique ?

Jutta : À vrai dire, le boom du jeûne débuta dans les années 90. La Clinique affichait complet, avec une liste d’attente de plus de six mois, du jamais vu. Hallucinant !
Claus : Eh, autrefois, parmi nos hôtes, les Espagnols et les Allemands étaient représentés à égalité.
Jutta : Soit 40 % d’Espagnols, 40 % d’Allemands et 20 % d’autres nationalités. Les Français et les hôtes d’autres régions du monde n’arrivèrent que bien plus tard.
Claus : Si tu veux mon avis, la plus grande différence réside dans notre manière de travailler ; tout est devenu beaucoup plus professionnel, aujourd’hui. Et dans notre expansion tous azimuts : plus d’espaces, plus de collaborateurs, plus de patients, plus de traitements, un développement permanent, quoi !

Victor : Sans jamais aucune crise, ni aucun bras de fer ?

Jutta : Oh que si ! Dure, dure, la guerre du Golfe dans les années 90 ! C’est là, d’ailleurs, que j’ai proposé aux patients de méditer pour la paix.
Claus : Et professionnellement parlant, les années 90 étaient déjà semées d’embûches. Au début de cette décennie, nous nous sommes rendu compte que, même en affichant complet, nos chiffres n’étaient pas si reluisants que ça et que la réussite commerciale nous boudait un tantinet.

Katharina : Et quels moments forts retenez-vous de votre carrière ?

Jutta : Le trentième anniversaire, inoubliable et si créatif ! On déclina la mélodie « Cumpleaños Feliz“ (Happy birthday) en moult versions : tango, csárdás, menuet, jazz et j’en passe. Avec notre professeur de danse, je suis même allée exprès à Malaga louer des costumes pour pouvoir ensuite danser et interpréter x genres et danses dans la tenue adéquate. Mon Dieu, que c’était beau ! Une fête publique avec 300 invités de Marbella et des environs.
Claus : Ce qui me souffle, c’est de voir le monde entier débarquer à notre Clinique, relativement modeste tout de même, non ?. Et quand on fait la somme des religions, des cultures, des générations, ça donne le vertige, tout en créant une véritable atmosphère de coexistence et de convivialité. Un cadeau sans prix, dans le contexte actuel. Un exemple de ce qui est possible, une bulle de paix et d’harmonie où tout le monde est heureux, made in Buchinger Wilhelmi.
Jutta : Et c’est surtout à Noël que tu t’en aperçois. Cela dit, il se peut fort que le jeûne n’y soit pas étranger !
Claus : Mais le summum, ce sont et resteront toujours les rencontres. Me trouver pour la première fois, tête à tête, avec Max Frisch et bavarder avec lui, comme si de rien n’était, fut un grand moment pour moi. En partant, il m’a même offert et dédicacé un livre, tout en me remerciant. Question travail, mes moments forts furent évidemment nos grands investissements, courant 2010, 2012, avec la construction de la Villa Maria. Quelle meilleure satisfaction que de vivre un tel succès en fin de carrière ?! Jutta et Claus Rohrer, lors de l’inauguration de la Villa Maria, en 2012.

Victor : Trouvez-vous que les patients ont changé ? Profils et besoins sont-ils différents de nos jours ?

Jutta : Les gens qui viennent aujourd’hui nous voir ont encore besoin de plus d’attention. Le jeûne, lui, fonctionne bien sûr comme avant. À mon avis, les hommes sont vraisemblablement plus fragiles que par le passé. Ils ont besoin de plus de calme, de multiplier les opportunités de retour sur soi. Telle sera, selon moi, l’une des tâches prioritaires à l’avenir. Parce que le monde est tel qu’il est, que les exigences dépassent l’entendement, surtout intérieurement. Quand on compare, nos hôtes sont moins malades physiquement, mais bien plus vulnérables psychiquement.
Claus : En revanche, ils sont dans l’ensemble mieux informés en matière de santé. Là où le bât blesse, c’est dans la mise en pratique.

Victor : Nous sommes une entreprise familiale. Cela joue-t-il un rôle pour les collaborateurs ?

Jutta : Nous avons toujours été comme une grande famille. Ta grand-mère y tenait beaucoup. Elle était en contact permanent avec tous les membres du personnel. Elle savait toujours qui faisait quoi, comment chacun allait, connaissait les situations familiales, etc. Et même en nous développant comme nous l’avons fait, il me semble que nous avons réussi à conserver cette dimension humaine.
Claus : Le fait d’être une entreprise familiale est l’un des facteurs clés de notre réussite. Cela nous permet notamment de transmettre maintenant à la 4e génération l’esprit et aussi les valeurs que nous représentons. Victor : Tout à fait d’accord avec toi. Nous connaissons l’entreprise depuis notre plus jeune âge : moi à Überlingen, Katharina, ici, à Marbella. Et qui ne nous connaît pas ou ignore tout de nos faits et gestes, à la Clinique ? Sans compter que je me suis toujours senti très près des collaborateurs.
Katharina : Normal, ta maison familiale se trouve à 3 minutes à pied de la Clinique d’Überlingen, avec vue plongeante sur tout son site. Quant à moi, j’ai grandi auprès de Maria Buchinger qui habitait la Mariposa, à une minute de marche de la Clinique. Par conséquent, nous étions présents physiquement depuis que nous sommes venus au monde. Aujourd’hui, lorsque je me présente à des patients, il est bien rare que je n’entende pas : « Mais je te connais, toi, depuis toute petite, tu participais bien aux soirées flamenco, non ?!

Claus : Qu’est-ce qui vous a motivés à venir à Marbella ?

Katharina : Ainée de la 4e génération, j’ai longtemps vécu à Stuttgart et à Mannheim, puis travaillé dans une autre entreprise, quand Raimund Wilhelmi m’a proposé une place à la Clinique d’Überlingen. Mon travail étant alors loin de me combler, j’étais justement à la recherche d’un autre emploi. J’ai donc sauté sur l’occasion et tenté ma chance dans l’entreprise familiale. Une révélation : je partais au travail motivée, enthousiaste et heureuse, comme jamais auparavant ! Toutefois, à la naissance de ma fille, j’ai vite compris que je voulais revenir aux sources, à Marbella, retourner d’où je venais et où mes parents vivaient. Lors des réunions stratégiques familiales, en discutant de l’avenir de l’entreprise, nous avons appris que vous désiriez vous retirer peu à peu. Et moi de saisir alors l’opportunité de formuler mon vœu de collaborer à Marbella. Heureux hasard, non ? Rien ne pouvait mieux tomber !
Victor : Moi, j’ai passé ma scolarité en internat, tout près de notre maison, à Überlingen. Le week-end, je ramenais tous mes amis chez nous, et c’est là que j’ai commencé à prendre conscience, combien j’avais plaisir à recevoir. Une vocation qui m’a incité à partir, en Suisse, faire l’école hôtelière. Puis, après avoir travaillé à plusieurs projets, vint le moment où je me suis senti fin prêt à contribuer ou, si vous préférez, en mesure d’apporter une valeur ajoutée à l’entreprise. Et c’est, aussi, à l’occasion des réunions stratégiques familiales, toujours plus concrètes, que je me suis dit, à un moment donné : « Allez, hop, tu sautes le pas avec Katharina, ici, à Marbella. » Tous les deux de la 4e génération, nous nous entendons, qui plus est, à merveille ! Un atout supplémentaire. Et cela fait maintenant un an et demi que nous sommes là, sans que j’eusse jamais à regretter cette décision. Au demeurant, l’accueil des hôtes et des collaborateurs fut on ne peut plus chaleureux.

Claus : Que reste-t-il encore des origines ?

Katharina : Oh, beaucoup, en raison des liens très étroits avec Maria Buchinger, laquelle les a appris à la base, avec et de son père, Otto Buchinger. Nous l’avons connue, alors qu’elle était encore très active, en tant que grand-mère, certes, mais aussi en qualité de directrice senior. Origines, ce qui compte, performances du jeûne, rôle clé de l’accompagnement personnalisé de chaque patient, tout ça, c’est d’elle qu’on le tient. D’ailleurs, les patients nous le confirment : « On le sent. On sent Maria quelque part. Sa griffe est encore partout. De grâce, conservez-nous ça ! » Ce que nous voulons, tous, et à tout prix, pour la simple et bonne raison que, sans « ça », nous ne serions plus Buchinger Wilhelmi. Nous y tenons et y veillerons comme à la prunelle de nos yeux !
Victor : Ce que tu dis là est capital : nos habitués nous rappellent souvent le bon vieux temps et nos principes. On pourrait comparer ça à un arbre : si le tronc, soit les fondements, la méthode, les valeurs, l’affection, reste, les branches, elles, changent. Il faut bien évoluer avec le temps, non ? Comme Jutta l’a justement souligné, le profil des hôtes et leurs exigences se transforment. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas conserver ce qui a fait ses preuves et qui fonctionne encore. Vous connaissez bien la devise de Maria : « Ça favorise la qualité de vie et la santé, alors pourquoi pas ? »

Claus : Ce qui nous fait toucher du doigt le conflit entre la tradition et les lauriers récoltés d’un côté, et les nouvelles exigences, les nouveaux marchés, vos propres intérêts de l’autre. Savez-vous déjà comment concilier ces deux priorités ?

Victor : Buchinger Wilhelmi est une entreprise solidement ancrée. Ce qu’il faudrait faire ? Étayer et continuer à développer notre méthode. Tout en ne perdant pas l’hôte des yeux surtout, ce serait fatal ! Si nous portons autant d’attention aux hôtes que vous, nous saurons par eux quels sont leurs besoins et pourrons réagir en fonction.
Katharina : Une évolution !
Jutta : Notre méthode est toujours d’actualité, voire plus que jamais. Conserver la base, tout en évoluant, ne peut pas être si sorcier que ça finalement, du moins c’est mon avis.

Katharina : J’aurais bien aimé que l’on m’explique un peu cette histoire de cierge : pourquoi nous avoir remis un cierge, il y a un an et demi ?

Jutta : C’est l’histoire d’un homme dont l’entreprise battait de l’aile. Il alla consulter un sage et lui demanda : Que dois-je faire, mon entreprise ne marche pas ? » Le sage lui tendit un cierge, en disant : « Tu passeras chaque jour dans toutes les pièces de ton entreprise, avec ton cierge allumé. » L’homme fit ce que le sage lui avait ordonné. Et l’entreprise devint florissante du jour au lendemain. La morale de l’histoire : il faut être présent, regarder partout autour de soi et toujours garder les yeux grand ouverts.

Victor : On vous verra encore à la Clinique ?

Jutta : De temps à autre.
Claus : Ponctuellement. Au demeurant, il est évident que nous serons là, si vous avez besoin de nous, pour vous soutenir lors de questions spécifiques. Sans compter qu’il y a des patients que nous connaissons très bien et que nous souhaiterions revoir, ou des occasions particulières que nous ne voudrions manquer à aucun prix.
Victor : Ce sera avec plaisir !
Katharina : Peut-être qu’on pourrait renouer avec la tradition des petits déjeuners de Maria Buchinger ?!

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